Prenez donc un peu de temps, offrez-vous un moment de répit et suivez-moi.
Larguez les amarres de vos bureaux ensevelis sous des piles de paperasses que seul votre gagne pain intéressent.
Lâchez prise, quittez le coin sombre de votre séjour.
Défaites-vous de cette corvée de nettoyage qui peut bien attendre un peu.
Pas de souci, ne soyez pas effrayés, tout sera encore là après.
Travail inachevé, lecture, poussière et même les jouets des enfants disséminés dans toute votre demeure.
Comme j’aime à le dire parfois :
« Ce qui n’est pas fait aujourd’hui le sera peut être demain… »
Le ciel est bleu, baigné de lumière.
J’y ai dessiné pour vous une porte. Elle n’a ni forme ni couleur. Elle est celle que vous souhaitez qu’elle soit. Elle est celle que chacune et chacun d’entre vous imaginez comme la porte à franchir pour être enfin ailleurs.
Précédez moi, à vous l’honneur !
Venez sans crainte, tournez cette poignée. Voilà ! Vous êtes chez moi.
Ici tout est calme, si calme. Je suis loin de la rumeur et des tourments de
Le soleil de ce milieu d’après midi plombe l’air environnant, la route qui serpente au milieu de la colline pourrait presque passer pour une coulée de lave fraichement durcie tant la chaleur qu’elle irradie fait coller les semelles au bitume. Je connais ces lieux aussi bien voire peut être mieux que bon nombre d’autochtones tant j’ai sillonné cette frange de terre allant de la mer jusqu’à la montagne des journées durant.
Selon la légende cette île serait issue d’une querelle, qui aurait dégénéré, entre deux Titans. L’un, à bout d’arguments et vexé de l’être, aurait arraché un morceau du continent pour le jeter à la face de l’autre. Ce dernier, d’un geste empreint d’une grande souplesse pour un Titan, aurait esquivé l’attaque. D’un simple revers de la main il fit prendre la direction du large à cet amas informe. C’est ici qu’il vint finir sa course au travers des nues et devint mon paradis sur Terre.
Quand je pense que les hommes de sciences préfèrent nous parler de tectonique des plaques, dérive des continents et autre surrection. Je me dis que jamais ils ne comprendront pourquoi beaucoup, dont je suis, s’émerveillent de récits fantastiques.
Qui me dit d’ailleurs qu’ils détiennent la clef ? Y étaient ils, l’ont t’ils vu ? Ils dissèquent et expliquent, rien de plus. Pourquoi la tradition orale ne contiendrait-elle pas une part de vérité ? Je reconnais que je raisonne par l’absurde mais qui saurait me reprocher de rêver ?
Le bruit d’un moteur me ramène à
Ici les hommes sont fiers, ils se tiennent droits. Leur regard lorsqu’il se pose sur vous paraît telle la flèche vous transpercer. Chacun se veut l’égal de l’autre. Pourquoi baisserait-il les yeux en quelque situation que ce soit ? Pas question de métier ou de situation sociale plus ou moins valorisante, juste question d’homme. Ma vie, sa vie, leurs vies ont toutes la même valeur. Là est leur philosophie.
Une mince brise vient de se lever, fraicheur à mon corps ruisselant. Je longe l’unique taverne de l’endroit. Le serveur s’affaire à servir à trois vieux attablés une boisson anisée ici très prisée. La treille qui surplombe la terrasse dégouline de grappes de raisin plus ou moins mures. Bonheur l’ombre qu’elle procure, délice le grain craquant sous la dent laissant couler un jus acidulé au fond de la bouche.
Il me faut rentrer ce soir je suis invité à diner.
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Jean Claude Buisson

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