Je me souviens de cette soirée où nos deux vies se sont croisées.
Toi en visite chez nos amis communs pour deux jours et moi invité.
A table, côte à côte. Discussions, sourires et rires.
Tu me parles de tes projets immobiliers et je me propose de t’aider.
Echanges de cartes, coups de téléphone, mails.
Peu à peu les liens se tissent, la toile s’étend.
Amitié de deux êtres éloignés, kilomètres de distance, liens épistolaires renforcés.
Et puis un jour, le hasard, de ceux dont on se dit qu’ils n’arriveront jamais.
Je dois venir non loin de chez toi pour deux jours remplacer un patron malade.
Pourquoi moi ? Pas d’idée !
Je ne suis ni mieux ni pire que d’autres mais on m’a choisi.
Envie de te revoir, de retrouver un regard répondant à mes mots.
Je t’appelle, tu hésites puis enfin dis oui.
Juste un après midi, ailleurs, en terrain neutre pour toi, pour moi.
De toi je ne veux rien que la présence, je n’offre rien je ne le peux.
Je vais juste le cœur battant à ta rencontre.
Déjà une nuit passée dans cet hôtel de station balnéaire. La solitude ne m’a jamais vraiment dérangé, je m’y retrouve, m’y trouve même parfois. Je n’ai eu d’inquiétude que celle où tu ne viens pas. Matinée de labeur, ennui de réunions. Enfin, midi ! Je file au lieu du rendez-vous. Nin toi, ni moi ne connaissons cette ville mais comme presque partout ailleurs la gare est le meilleur des points de rencontre. J’y suis ! Soleil dans le ciel parsemé de nuages en troupeau dispersé. Violence et douceur de l’attente, angoisse et impatience. Désert d’un milieu de semaine, une voiture fait le tour de la place. Je te devine, je te sais présente, je souffle pour me reprendre. Tu viens à ma hauteur, me lances un sourire. Je fais le tour du véhicule, mes voici enfin à tes côtés. Ta ceinture se fait barrière, une bise, tu démarres.
Parking bord de mer, boisson méritée, sandwich, gorge serrée, l’émotion s’est invitée. La mer, le sable, une table, toi et moi ici exposés. Les mots quelque peu enfouis montent, dénouement heureux pour toutes ces choses simples à se dire. Mieux que l’écrit, la voix et la vue se mêlent au récit. Tension accumulée, promenade.
Vagues qui lèchent la plage, nos empreintes trahissent nos pas et bientôt disparaissent. Tu marches là près de moi, tu sembles virevolter tel un papillon dans la lumière, j’aime. Les rayons du soleil irradient ton visage, le vent léger gonfle ta chevelure, tu es une étoile filante, la mienne. Brise fraîche, bruine tombante. Déception de ne pouvoir prolonger ce moment vaporeux. Repli vers un salon de thé restaurant, boissons chaudes. Le temps passe, filent les minutes et les heures en ta compagnie. La pendule accrochée me semble exagérer le décompte de nos instants restants.
La pluie bat les vitres, tu es lumineuse dans cette pénombre qui tombe autour de nous. Je ne vois que toi, je te bois, mes sens se repaissent de toi. Est-il tôt ou tard ? Qui s’en soucie ? Eclairs, grondements, l’orage est là ! Tu sembles un instant pétrifiée, petit oiseau pris dans un piège, mis en cage. La lumière revient, tu reprends vie, le filament que je perçois en toi brûle à nouveau dans ton regard. Tu t’inquiètes de l’heure tardive, du déluge extérieur. Jamais tu n’y arriveras me dis-tu. Trop de route, trop d’éléments déchaînés, peur de tes peurs. Je propose, tu disposes. Un lit, un fauteuil. Le premier pour toi et l’autre…
Non ! Hors de question ! Qu’ai-je dit ou fait ?
Incompréhension, tu veux le partage. C’est cela ou rien. Rien d’indécent, seule l’envie d’être deux. Les aiguilles tournent et tournent. Je suis maudit, trop vite, trop court. Nous rejoignons la chambre, enfants timides, adolescents gauches. Tu te glisses nue là sous les draps de ce lit trop grand pour moi, trop petit pour un Amour.
Tu me veux aussi ainsi, je m’exécute. Là, tu te poses sur mon épaule, nos corps font connaissance. Rien de plus, juste ce moment ou une vie ne suffit à le résumer, le conter.
Bonheur simple que celui de se sentir heureux.
Une nuit sans lune, sans sommeil.
Nos mains se croisent, tu te places dans mon dos et nous devisons encore et encore.
Petit matin brumeux dehors, dedans. Café, croissants sur une table. Tu as froid, un pull irlandais je te donne.
Trop grand pour toi, tu le passes, tu es admirable. Yeux fatigués emplis d’images, sourire si doux, j’aime ton réveil. Tête penchée, sur tes mains posée. Visage d’une madone qui dans mon esprit se grave. Il me faut partir toi aussi. Mon train, ta vie. Pas de promesse, pas de lendemain.
Qu’allons nous devenir ? Je ne le sais.
Mais quoi qu’il advienne de nous, entre nous, je me souviendrai.
Tu es, je suis, nous fûmes et peut-être un jour serons.
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