Mercredi 12 décembre 2007
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CHAPITRE I - MICHELLE
L'insouciance, voilà ce qui reste des années 77-78. Les vacances entre copains parisiens passées à la campagne, notre
campagne. Pas besoin d'aller loin à cette époque, les vaches quasiment aux portes de Paname. La ferme de Fontenay aux roses existe encore je crois bien.
Mais pour nous en été c'est l'exil, l'aventure, la vallée du Grand Morin, la Seine et Marne. Les grands-parents nous
gardent des semaines, des mois entiers.
Chez eux nous connaissons nos premiers instants de liberté loin de nos tours et de nos ensembles
immobiliers.
Première liberté entre toutes, la profondeur de champ, la vue dégagée, notre regard peut se perdre au lointain horizon.
Le vert remplace le gris, le bleu moutonné de blanc fait place à l'ombre. Cerise sur le gâteau, la capacité offerte de ne devoir rien à personne. Nous sommes et restons entre
nous.
Déjà se profile la grande kermesse annuelle et son défilé de chars. Nous passons nos journées et soirées à préparer cet
évènement. Premiers émois visuels, nos corps, surtout celui des filles sont en pleine mutation. Leur formes se dessinent, s'affirment et se donnent à nous au travers de T-shirts humides de sueur.
Elles savent que nous les regardons, elles s'en amusent et minaudent déjà. Nous, pauvres bougres à peine sortis du giron maternel avons honte de ce que nous ressentons, rien ne laisse présager
les tempêtes intérieures à venir et les jouissances à découvrir.
Arrivent les forains, leurs caravanes et leurs manèges, pour un peu d'argent de poche nous les aidons. Pour moi c'est le
palais des glaces ! Quelle fierté que celle d'aller délivrer de bien jolies princesses perdues au milieu de ce labyrinthe de verre. Le preux chevalier que je suis n'espère qu'un baiser sur la
joue en guise de reconnaissance, je suis encore bien innocent.
Aujourd'hui c'est le jour tant redouté, veille de fin de fête, le défilé. Après les applaudissements qui
viennent de saluer notre passage, notre fierté n'est point feinte ni masquée. Petit instant de gloire, bonheur d'une bande de jeunes qui a réussi son challenge de présenter un char fleuri au même
titre que les vétérans de cette procession.
Embrassades, congratulations, effusions nous sommes débordants de joie et d'amour pour les
autres. Nous n'attendons plus qu'une chose, le bal de clôture !
Enfin je dis nous, je dois dire les autres. Je suis le plus jeune, le plus introverti et pas le
moins timide.
Rien que l'idée de paraître en public me pétrifie et pourtant je me sens liquide. Auprès de mes
amis je me sens invulnérable mais pourtant plus les flonflons se font présents plus j'avance à reculons. De part et d'autre des badauds s'amusent, rient voire titubent déjà. Comme d'habitude le
grand orchestre de la région est de sortie et prend l'engagement de faire vibrer les corps et les cœurs jusqu'au petit matin.
Un halo au bout de la rue, les guirlandes illuminent le chapiteau de toile posé là. L'entrée me
fait l'effet de la gueule d'un monstre dans laquelle il va me falloir me jeter, j'entends les grouillements et gargouillis dans le ventre de la bête. La proie se sent prise au piège, la file
avance et rien ne saurait l'arrêter. Inexorablement je suis happé puis englouti.
Sur le parquet se meuvent des couples déjà formés, de jeunes gens qui ne voient plus personne
et d’autres enfin en quête d’une compagnie improbable d’un soir.
Le chanteur s’égosille tant bien que mal tentant de nous livrer une pâle copie d’un
« Saturday Night Fever » des campagnes.
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