Vendredi 4 janvier 2008
5
04
/01
/Jan
/2008
15:54
Seul, je file sur l’un des bancs qui délimitent la piste et là je m’affale. Me voici
rassuré, je suis invisible au milieu d’autres congénères. Les spots diffusent une lumière chatoyante pendant que la boule à facettes tourne sans fin. La fascination qu’exercent les rais
balayant la toile sur moi est indescriptible. Je suis comme hypnotisé par leur rythme et celui de la musique mêlés. Evasion, comme si je n’attendais que cela pour ne plus appréhender
mes craintes.
Il fait chaud, très chaud. Une moiteur étouffante envahit l’air puis diffuse au travers de
mes vêtements qui, il y a peu encore fleuraient le frais. Je sens comme une gêne monter en moi. Même si je me sais propre, il me semble que la première personne venue pourrait penser le
contraire en m’approchant. Je ne vais pas rester plus longtemps ici, là n’est pas ma place
Alors que je me lève pour quitter ces lieux, extinction des feux. Plus un bruit, juste une
poursuite fichée sur le visage du braillard. Un simple accord, une phrase et là je frissonne. Entame de « Me and Mrs Jones », Billy Paul…
C’est à cet instant précis que m’est apparue Michelle fondant sur moi comme la misère sur
le monde.
D’un pas sur et alerte, cette belle jeune femme aux formes déjà bien affirmées pour ne pas
dire affermies, s’approche, tend sa main vers moi et me mène au milieu des danseurs sans que je ne puisse piper mot. Je n’ose dire ici mon état mêlé tant d’anxiété que d’excitation. Ses
frêles mains sur mes épaules, les miennes qu’elle vient de déposer à ses hanches, la chaleur de sa poitrine collée à mon torse semblent m’apporter comme un fragment
d’éternité.
Je sais aujourd’hui qu’à jamais je me souviendrais de ce moment précis où ma vie a
basculée. Je viens de poser un pied dans l’univers des femmes, de la femme. Aussi émouvant pour moi que le fut le premier pas sur la lune d’Armstrong, mais là j’en suis l’acteur. A peine
quelque mots échangés, nos prénoms, nos âges.
Qui suis-je donc pour intéresser une femme mon ainée de plusieurs années ? Et puis
zut, peu m’importe en fait car là, je suis bien.
Ne plus être en un lieu, juste être. Elle et moi.
Avec délicatesse sa main se pose sur ma nuque, ses yeux mi-clos me revoient l’image d’une mer de tranquillité. Instant suprême que celui où, sa joue se pose contre la mienne. Je souhaite que tout
reste ancré à ma mémoire et c’est le cas, je peux l’affirmer aujourd’hui.
Mes doigts remontent dans son dos, les siens filent sur mes reins. Légère étreinte, sa respiration et la mienne sont à l’unisson. Rien ne saurait déranger ni troubler l’harmonie de nos deux corps
qui viennent de se trouver. Etourdissement des sens, inexplicable conjonction de pôles opposés qui s’attirent.
Pour faire ici un aveu ce n’est que beaucoup d’années plus tard que j’ai pu gouter à nouveau à tel sentiment. Mais cela vous le saurez plus tard, beaucoup plus tard.
Les notes s’enchainent, les musiques défilent et chaque fois une angoisse, que le charme soit rompu. Mais il n’en est rien,
elle me sert avec tendresse et nous repartons dans la danse.
Arrêt sur image, fin des slows. Alors que mon cœur s’emballe de perdre ma cavalière celui-ci connaît une bien plus grande émotion quand elle se prend à me mener hors d’ici sans mot dire. Je suis
fasciné, je ne sais plus réagir, elle exauce mon vœu le plus cher, rester encore un peu ensemble.
Nous déambulons main dans la main, arpentant les rues illuminées par la fête. Sa tête se pose sur mon épaule, machinalement mes doigts se baignent dans sa chevelure.
C’est en arrivant au bout du monde, là où la pénombre se jette sur vous, qu’elle me demande si je ne connais pas un endroit accueillant pour deux personnes en mal de calme comme
nous.
Par Joe Lane
-
Publié dans : Un mâle, des mots
3
Merci d\\\'être passée me voir et d\\\'avoir semé des mots sur mon blog. Cela me permet de découvrir le votre qui me plait tout autant. De beaux écrits s\\\'offre aux yeux, je n\\\'ai pas tout parcouru mais déjà ça me plait.
baisers
Armandie
Hou Hou Hou Hou
Staying alive !
Staying alive !
Jolan dans les aigus...
attendrissant la precision de tes souvenirs
c'est comme si je regardais mes enfants s'eloigner après une danse
et s'eclipser discrètement, pensant n'être vus de personne
marcher main dans la main, des etoiles plein les yeux
absoluments seuls au monde...